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01/05/2015

à la poursuite... Morgane, Mélusine et Viviane, les fées

en février,  où toute l’humidité bretonne s’était concentrée, des femmes qu’il n’avait jamais vues étaient venues à sa rencontre. Elles avaient fait le voyage à partir d’intuitions, plus ou moins conscientes, d’un drame qui allait se jouer à cet endroit. Au vrai, c’était Morgane qui les conduisait vers ses prémonitions. Viviane n’y croyait pas. Mélusine, trop neuve sur la région, pas encore coupée de son cordon ombilical parisien, n’y comprenait rien.  Elles ne pourraient intervenir, mais s’imprégneraient des lieux. Comme des Maigret, des Miss Marple, des Wallender, des indiens navajos, des juges Ti. Sur place avant l’heure, parce que c’était la Bretagne et qu’elles étaient des fées. Pas plus douées qu’eux. Mais plus présentes. Et en avance sur leur temps.

   Le sentier montait entre les arbres  clairsemés. Les feuilles mortes luisaient sans craquer sous les pas. Des filets de boues noires s’insinuaient dans ce magma opaque. On pataugeait, on glissait. Le processus de décomposition semblait s’accélérer. Tu es terre et tu retourneras à la terre.

    Les 3 silhouettes  se suivaient. Petites. Trapues. Pliées par le vent. Mais décidées. Elles s’aidaient d’un bâton. Lentes.

   La première, Morgane, enserrée dans  son  manteau d’hiver qui lui arrivait à mi-pantalon jean, ses longs cheveux foncés protégés par un chapeau cloche,  se retourna pour attendre les autres. La seconde, Mélusine, en épais parka marine, chevelure rousse et ébouriffée, en profita Viviane, courts cheveux blancs sous la casquette de laine noire,  maugréait, le froid, le vent, pas bon pour son cœur. Mais elle grimpait quand même.

   Des fées, Morgane, demi-soeur du roi Arthur et de Morgrauve, fille d'Ygraine et de Gorlois, Viviane, dame du lac, qui enchanta Merlin et lui donna l'épée excalibur, et Mélusine venue d'ailleurs, fée des sources et bâtisseuse.

   Des fées, parce que la Bretagne en est pleine, de ces femmes courageuses qui vivent des destins hors du commun. Ou pas. Simplement, qui vivent. Quand le monde tout autour les bouleverse, les emmène dans des ailleurs qu’elles n’ont pas forcément envie de connaître. Voyageuses, turbulentes, et immobiles, très silencieuses, discrètes. Elles n’intéressent personne. Sauf les plus attentifs. L’aigle au regard perçant de Barbara. Les oies sauvages de Brassens. Le libre goéland, Jonathan Livingstone. L’albatros de Baudelaire. Mais elles marchent. Elles créent. Elles interviennent. Elles crient. Elles rient. Elles accueillent. Pour que ce monde soit moins lourd. Plus humain. Fées nécessaires. Vitales.

   Elles sont des milliers de petites fées. Dont aucun média ne s’empare. Qui s’accrochent, se multiplient, ploient sous le fardeau, souriantes, gaies. Et sans lesquelles n’existeraient pas les légendes. Les rivières claires. Les aubes prometteuses. Les ciels changeants. Les forêts profondes.  Les enfances joyeuses. Les fêtes rassembleuses. Tout au long des longues plaines, elles sont le peuple immense qui avance lentement, que chantait le Père Duval, du temps où l’Eglise se mêlait aux plus pauvres des hommes pour soutenir leur colèreSur le sentier, elles accomplissent ce qui doit être fait, et qu’elles ignorent encore. Elles arrivent trop tôt.

  • Le monde est acceptable si l’on voit les choses une par une, dit Morgane quand elles sont assez proches pour entendre sa voix. C’est l’emmêlement qui ne l’est pas. Je l’ai lu ce matin, dans Profanes, de Jeanne Benameur.

  • Tu as le temps de lire ? s’étonne Viviane, soufflant encore un peu.

  • C’est mon jour de congé. Et j’ai toujours lu.

  • La mort et l’amour, reprend Viviane. C’est ce qu’il y a dans ce livre. La mort et l’amour s’emmêlent. La mort est un point. Seulement un point. Et un point n’est pas une frontière.

  • Tu l’as appris par cœur ?

  • Je fais des fiches. C’est ce qui m’a sauvée au bac. Des citations d’auteurs qui étaient dans ma tête à cause de mes fiches. Mais je m’en suis débarrassée, et combien je le regrette. En même temps, je vieillis. Je ne sais plus tout assimiler. Sauf le plus récent. Ce livre-là. Il y a dans l’amour des moments bénis. Toute la vie après ils éclairent. Dans leurs regards la gravité de ceux qui ont appris que l’amour ne protège de rien. Qu’il sert juste à prendre tous les risques. Et que l’on est toujours vulnérable. J’avoue que j’ai apprécié cette lecture. Dans une époque aussi où je pratiquais des séances de pleine conscience. Ce texte tombait à pic.

  • Ce que j’apprécie, continue Mélusine, c’est que l’on trouve encore le mot amour dans une époque de plus en plus cynique. Moi, je ne lis pas assez. Et je le regrette aussi. Mais pourquoi dis-tu que l’amour et la mort sont mêlés ? Et qu’est-ce que c’est que la pleine conscience ?

  • Ecoute-toi respirer. Et déjà, tu auras une idée plus juste de la conscience, de la mort et de l’amour. Mais c’est évidemment bien plus compliqué.

  • Et Viviane n’est pas la mieux placée quand il s’agit d’expliquer, sourit Morgane.

  • C’est vrai. J’ai tendance à me mélanger les pinceaux. A tout m’emmêler.

  • Bon, on continue, suggère Morgane. On n’a plus beaucoup à monter.

09:48 Écrit par viviane rommelaere dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

25/04/2015

je sollicite des commentaires sur à la poursuite du shérif de trédarzinic

car sans critiques constructives de lecteurs, sans leurs encouragements bienveillants mais aussi exigeants, dans l'isolement total et le manque de repères, il est difficile de poursuivre, surtout un shérif qui n'est pas encore apparu dans le texte.

celui-ci s'apparente au polar semi-autobiographique (les personnages sont des collages de diverses bonnes et mauvaises rencontres que j'ai faites, avec leur côté éminemment subjectif, et quand même quelquefois imaginaire, comme dans tout roman).

le shérif est un maire comme j'aurais aimé ne jamais en rencontrer. Dans mes recherches sur internet, je me suis rendu compte que je n'étais pas la seule à avoir vécu l'abus de pouvoir, le harcèlement moral, comme les ont nommés certains fonctionnaires (gendarmerie, équipement), et que d'autres ont même connu pire.

cela pose la question précisément du pouvoir, des moyens de le contrôler, de la mise en place de réelles mesures pour que puissent s'exercer une véritable démocratie et se développer la citoyenneté, ce dont aujourd'hui, avec la restriction des libertés, des initiatives, les incivilités, on est encore loin. Et cela passe obligatoirement par ce qui est lié au pouvoir, l'argent. Et par la place laissée à l'humain.

du moins Est-ce mon avis.

 

09:36 Écrit par viviane rommelaere dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

 
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