03/09/2009
nouvelle version du polar (1e partie) anciennement nommé massacres à la pontrivienne
· Lejj Maclevveigt
La commune pétrie sous ses toits pentus, traversée par son rio, longée par sa rue au pont fleuri, rit, pitre installé dans ses rites, pieux comme grenouilles de bénitier qui ne ratent pas une messe. Elle troue une vallée, poutre de prix étirée derrière son port et sa gare,un viaduc qui laisse riper les trains, parfois à vapeur, encore aujourd'hui, de juin à septembre, pour les touristes. Des arbres majestueux comme des noyers occupent les jardins derrière, le long de l’eau. Petite cité de caractère, ayant gagné ses quatre fleurs.
Accueillante, elle étonne et réjouit ceux qui ont franchi le pont. Note de musique sortie de sa portée, elle semble sourire, chanter le Trieux qui la traverse. En été, l’artiste y côtoie le flâneur sur les berges, semées de lavoirs anciens, arborant des couleurs éclatantes (« pour être certaine d'avoir bien compris, ce sont les lavoirs qui ont des couleurs éclatantes ? je les imagine plutôt brun/gris – Non, lectrice-correctrice timoxana, relation virtuelle rencontrée sur le net et éloignée géographiquement de la Bretagne, ce sont les berges qui éclatent de tout le parfum coloré du foisonnement de leurs fleurs). Le rituel des rencontres inopinées se termine souvent au café de la place. Tout ce qui l'entoure incite le touriste curieux à pousser plus avant sa promenade ; il découvre au hasard d'une ruelle, l’atelier du plasticien, le travail du potier. Au café, on rencontre souvent des habitués qui se parlent, heureux d’échanger encore avec le genre humain, qui ne communique plus que par ordinateurs interposés, ou pire, laisse la télévision dialoguer pour lui.
Dans la rue principale aux pavés luisants, la rue Saint Yves, la vitrine éclabousse les rares passants pressés, d’une lumière chaude et réconfortante. On est peu avant les fêtes de fin d’année, dans cet espace suspendu où l’odeur de la pluie risque à tout instant de se mêler à celle de la neige. Neige cet hiver ? La Bretagne donne rarement ce spectacle, quelle que soit la saison. Mais le réchauffement climatique impose des modifications dont elle n’est pas exclue. Malgré tout, mes pas sont légers, portés par cette espèce de réjouissement que me procure toujours la sensation retrouvée des Noëls d’autrefois, dans ma ville d’alors pavée elle aussi sous la pluie sereine, Saint-Etienne, puisque je viens de là-bas, mais depuis si longtemps.
J’aime cette boutique, le cloisonnement de sa vitrine en plusieurs petits compartiments, comme des caisses empilées, qui évoque bien, je trouve, le travail du verrier qui l’occupe, Steven Aarbo. J’entre en secouant mes semelles humides, à la fois pour me réchauffer un peu et pour trouver l’oiseau rare : le petit quelque chose merveilleux, fragile, transparent et coloré à la fois, qui fera le bonheur d’un cadeau amical. J’attends depuis plusieurs minutes emplies de rêves lorsque je m’avise d’un silence inhabituel : aucun bruit ne parvient ni du comptoir, ni de l’arrière-boutique, et je me mets à appeler : « il y a quelqu’un ? », tout en me sentant stupide, mais avec l’impression brusquement glaçante que ce silence n’est pas normal. Jamais Steve ne s’absenterait un lundi, jour de marché.
Après plusieurs autres longs moments d’hésitation, je me glisse derrière la caisse pour voir ce qui se passe au-delà en pensant « après tout, je ne fais rien de mal et le propriétaire me connaît bien ». Mais rien, personne, pas un souffle, ni dans la boutique, ni à l’arrière, ni dans l’atelier, ni l’escalier, tout a l’air abandonné. Je ressors dans la rue et lève les yeux vers les étages : rien, pas une lueur, pas un signe de vie, ou de présence.
Je ne peux m’expliquer, même aujourd’hui, pourquoi tout cela me parut alors si chargé de drame : après tout, le verrier avait bien le droit de s’absenter un peu ! Mais non, aucun raisonnement n’est parvenu à calmer le sentiment d’angoisse qui peu à peu m’imprégnait. Je m’adresse donc à un commerçant voisin : il ne sait rien, sinon que Steven était chez lui un quart d’heure plus tôt. Gagné à son tour par la même crainte, il m’accompagne jusque dans la maison que nous parcourons de haut en bas : personne ! Tout est en ordre, et intact, mais personne…
C’est dans cette disposition que je rejoins l’atelier d’écriture, un groupe de personnes qui se réunit autour d’une passion commune. Je ne souffle mot de ma découverte, et suis vite prise par l’ambiance : pas de temps à perdre, il faut se mettre au travail. Viviane a proposé de réaliser un polar. Il faut d’abord situer le lieu. Une contrainte (un jeu sur les mots, comme au scrabble, qu’il faudra mettre ensuite en phrases), et nous voilà partis, grattant dans un silence qui n’admet pas les chuchotements, ni le bruit des stylos, ni même un ronflement extérieur de mobylette ou de scooter lorsque nous évoluons dans la salle prêtée par la mairie, accolée, en centre bourg. Lorsque nous échangeons nos œuvres au bout de 10 ou 15 minutes (parfois cela dure plus longtemps, Viviane n’a jamais sa montre et est devenue plus laxiste, nous dit-elle, avec l’âge), les rires suivent les récits, ou les encouragements. Ici, on n’est pas jugé, et on ne doit pas se juger soi-même. L’application n’est pas facile, après des siècles de compétitions, et une tendance humaine à la comparaison et à l’esprit critique. Mais nous ressentons malgré tout l’admiration de Viviane face aux œuvres que nous produisons, maniant le stylo-bille avec dextérité, et nous buvons à travers nos mots qui viennent, parce qu’il faut suivre la machine mise en route, l’enrichissement de la dynamique de groupe, nous évoluons ensemble, et nous nous soudons.
Je m’appelle Lucie, mariée avec Jean-Pierre, qui fréquente également l’atelier, ainsi qu’Eric, un de nos fils. Nous avons 4 enfants. Jean-Pierre a travaillé dans la marine, avant que nous ouvriions une patisserie à Quintin, puis que nous devenions publicitaires à Quemper-Guézennec, où nous résidons depuis 1976. J’ai parfois la nostalgie du sud, nous le rejoignons en juin et en septembre, quand le temps rafraîchit, pour Jean-Pierre qui ne supporte pas la chaleur. Il a fêté ses 75 ans. Michel s’est accroché à ce projet. Il a 60 ans et vient d’être promu enseignant à la retraite. Josette nous a rejoints, la cécité n’a été un obstacle à aucune de ses entreprises. Viviane est la plus jeune, bretonne aussi depuis l’an 2002 ou 2003..
Je m’appelle Lucie et je suis plutôt grande, et mince, avec une chevelure ondulée et châtain, un sourire avenant, toujours bien mise, tirée à 4 épingles, d’une beauté élégante, racée, peut-être un peu distante. C’est du moins le portrait qu’a tracé de moi Viviane. J’accompagne Jean-Pierre, non parce que c’est mon mari, mais même professionnellement, nous avons tout accompli ensemble, lui plutôt dans le relations publiques, et moi, lui servant de secrétaire, lui rappelant ses rendez-vous, le limitant parfois dans ses élans d’humour, comme une bonne conscience qui le rappelle sans cesse à l’ordre. Il semble satisfait de la forme qu’a prise notre relation, commencée dans l’univers de la mer et de ses contraintes, puisque nous sommes toujours ensemble. A la retraite, c’est la vie associative qui a remplacé le professionnel, et je continue à le suivre, avec mon sac et mes dossiers, contenant son planning, ses discours à prononcer, ses démarches à entreprendre. De temps en temps, devant le public, je deviens le souffleur lorsqu’il hésite sur un mot, oublie une date que j’estime importante. Lui-même est plus petit, charpenté, bonhomme, taquin, toujours prêt à rire de tout avec n’importe qui (mais je veille), toujours le bon mot, bienveillant, serviable, présent aux autres, positif, optimiste. A 75 ans, il est toujours prêt à aller de l’avant. Et moi, de lui j’ai besoin, pour me rassurer, relativiser le monde. Nous vivons sans télé, préférant la rencontre des autres, mais pas de la foule. Sans doute préférons-nous le silence des relations proches, ou de la nature qui croît sans que nous lui demandions de se plier à nos fantaisies. De la nature aussi, nous attendons le silence, qui procure le bien-être et nourrit les rêves. Nous vivons également sans ADSL, mais cette fois, ce n’est pas volontaire. Cela limite nos échanges sur internet. Nous obligeant peut-être à sortir davantage.
La disparition du verrier est signalée, et rien d’autre ne se produit. Ce n’est que le mois suivant, quand plus personne n’y pense, quand la cité commence à s’endormir dans le soir qui éteint une à une les fenêtres et les vitrines, que survient l’Evénement. Chez Badaud, une lampe éclaire encore une statue de bois, toute hérissée de clous, comme un vaudou énorme et insolite qui narguerait la ruelle principale mais étroite, pavée. Le vaudou, ni cool, ni doux, centralisé dans la vitrine, ni chou, genou, hibou, doudou… Il trône dans la dureté du son, fermé, obscur, hérissé, bref, pas de bonne humeur, un tantinet agressif. Il hurlerait avec les loups, la corde au cou …
Badaud est un voisin artiste, une bonne figure, cordial, affable, ouvert, les cheveux gris entourant sa figure ronde, une barbe soignée ajoutant encore à sa bonhomie et à sa respectabilité. Il est souvent aperçu sur le pas de sa porte, bavardant avec l’un ou l’autre, ainsi qu’il convient lorsqu’on a envie de partager son amour de l’art avec tous les amateurs non encore avertis mais que l’on ne veut pas manquer s’il en passe, qui ne savent pas encore que là ils vont découvrir un objet qui enrichira leur univers, leur deviendra indispensable.
Ce fut rapide. Un bruit sourd, un cri, puis, plus rien. Si, une fenêtre s’allumait, en face. La femme, également plasticienne, qui se demandait pourquoi son mari n’avait toujours pas regagné le domicile conjugal, après être allé vérifier dans son atelier une lueur qui lui avait semblé bizarre. Et une autre fenêtre. Le voisin sculpteur, peu habitué à entendre la nuit d’autres bruits que le silence d’un environnement endormi. Ils sortirent en même temps. La porte était restée entrouverte. L’atelier était dans la pénombre, rempli des fantômes de chevaux, dont au jour les chairs semblaient tourmentées par les coutures de la ferraille, tout en arêtes, parfois comme prêts à s’envoler, tels des pégases.
Le sculpteur, moins angoissé, fut le premier à remarquer le geignement qui lui arrivait d’un recoin.. Il s’approcha de l’homme, allongé dans son sang, qui lui colorait jusqu’à la barbe : « qu’est-ce qui t’arrive ? ». La femme pourtant maîtresse d’elle-même se mit à hurler. L’un des chevaux, un bronze, le plus lourd, avait servi à éclater la tête. L’homme semblait encore les regarder, hagard.
L’artiste n’avait pas eu le temps de réagir. Il ne savait rien. Seulement qu’il allait mourir. D’une œuvre qui venait d’être retenue par un acheteur. La dernière pensée de l’artiste-commerçant fut pour lui.
Jamais de mémoire de riverain, Pontrieux ni ses alentours n’ont vécu un tel drame. Peut-être Quemper-Guézennec, au siècle précédent, repris par un livre répertoriant toutes les tragédies armoricaines (voir avec Lou titre bouquin). Souvent, des vols crapuleux, des disputes de voisins, des conflits de couples qui se terminaient mal, la boisson accentuant (dans le bouquin, pas dans la vie de Pontrieux). Les langues vont bon train. Qui a pu en vouloir à ce si gentil monsieur Badaud, cet homme aimable, toujours le mot pour rire ? Et c’est alors que l’on reparle de la disparition du verrier. On l’avait presque oublié, celui-là. Disparu, ou assassiné, ou ayant trempé dans le crime de l’autre ?
Car ils n’habitent pas très loin, dans la même rue, et une vieille histoire de femme a pu ternir leurs relations. Mais de là à tuer. Et sans préavis. Enfin, on dit ça, mais c’est une idée qui vient, de trop de films composés sur le même schéma, trop regardés, pas encore digérés. En réalité, on ne sait rien. Pas même Titine ou Josette, toujours en train de bavarder.
C’est dans sa boîte aux lettres que Viviane découvre un autre indice : « jeune homme, 35 ans, cherche travaux de ménage, jardinage. Diplômé en hygiène et propreté. Chèques emploi service. Téléphone… ». Viviane en parle au voisin Jean-François qui a reçu le même message. Les voisins sont méfiants : qui s’est permis d’approcher de leur boîte avec autant d’audace ? Il faut dire que dans le hameau, la moyenne d’âge avoisine les 80 ans. Tous sont à la retraite. Certains sont parisiens, ou anglais, mais d’autres n’ont jamais quitté cette montée de côte. La fin de la vie active sonne souvent la fin de la connection aux réalités. Quelqu’un a rapporté à Jean-Claude que le distributeur généreux est un noir. « Un noir ! » s’atterre Jean-François, comme si la terre avait cessé de tourner et que la Bretagne était envahie par l’Afrique. Jean-François est parisien. Il défend son petit coin de territoire, conquis d’un chèque et transformé en pavillon ultra-moderne, avec tout le confort, l’herbe dont il ne dépasse pas un poil, et la vie réglée par les travaux d’une fée du ménage qui dompte le sauvage jusqu’à la maniaquerie, armée de son aspirateur, de sa tondeuse et de son taille-haie. Le silence campagnard en souffre. « Un noir ? » répète Viviane, mais cette annonce tombe bien. Elle a besoin de bras pour son nettoyage de printemps. Elle l’appelle. Il vient. Il a simplement, comme tout demandeur d’emploi, besoin de travailler, et a eu l’idée de lancer cet appel. Il s’appelle Aimé.
Viviane en est si contente que le soir même, elle en parle à Josette, qui a son tour…
Mais les langues n’ont pas un long chemin à parcourir dans le temps. La semaine suivante amène son second cadavre.
“Il a été découvert à l’Office de Tourisme.
- A l’Office de Tourisme ?”
Décidément, la belle cité de caractère perd une partie de ce qui la rend si attirante : sa tranquillité qui fleurit partout, jusque dans les vasques de pierre abondant de géraniums retombants, ses hortensias roses et bleus, (on peut rajouter des fleurs) et qui rend la vie si agréable, si sereine, si odorante.
Une place, l'église, de belles demeures en pierre de taille, abritant quelques commerces : fleurs, vêtements, boulangerie, banque, restaurant, coiffeur, café journaux, PMU, un sculpteur. Et unebelle maison à pans de bois : c'est l'office de tourisme, nommée aussi Tour Eiffel. Unefontaine imposante en granit déverse sans arrêt son eau ; une eau qui désaltère aussi les chevaux de la calèche dans laquelle ont peut faire des ballades à la belle saison. La circulation est intense vers Guingamp : les voitures, les camions et, dès le mois d'avril, les cars de touristes qui s'arrêtent pour visiter la petite cité. Une cité qui attire par son calme, sa joliesse et son charme mais qui n'a, jusqu'alors, jamais défrayé la presse à la rubrique "Crimes en série".
Ce lundi jour de décembre, par une belle matinée pleine de soleil, la secrétaire de l’office du tourisme, dont nous ne citerons pas le nom afin de ne pas l’éclabousser de la tragédie qui atteint brutalement le bourg, celle-là même qui a fourni très serviablement à Viviane la liste des différents artistes, dont aucune brochure ne fait mention, jolie et fine jeune femme bienveillante, habillée sobrement mais néanmoins élégamment, bien réveillée suite à la marche la menant de sa maison en bord de rive au centre bourg, ouvre les bureaux et monte au dernier étage pour voir si tout est en ordre dans la salle où expose Jean-Marie (ne pas mettre de noms abrégés et dire brièvement qui est cet artiste. son oeuvre est décrite mais on oublie de parler de l'homme. Avait-il travaillé tard la veille ? Qui était la dernière personne à l'avoir vu ? ... ... ... .. Père de famille ? Marié ? Célibataire endurci ?).Émergeant du grand escalier, elle reconnaît tout d'abord la splendide sculpture de granit, toute en rondeur et avec cependant une grande souplesse. Des surfaces soigneusement polies, d'autres laissées volontairement brutes et sur lesquelles on retrouve la marque du ciseau de l'artiste. Une oeuvre non figurative mais où le sculpteur a su donner un souffle de vie. Quel contraste lorsque, avançant de quelques pas, elle découvre l'artiste pendu à la maîtresse poutre et, de surcroît, poignardé à l'aide d'un énorme couteau de cuisine visiblement neuf ... l'étiquette du prix étant encore collée sur le manche.
Elle redescend dans un cri affolé, étouffant ce qui veut sortir comme un hurlement de terreur.
Mais ce n’est cependant que le début d'une longue série de crimes plus sanguinaires et horribles les uns que les autres (à étoffer) ...
Certains lieux de Pontrieux sont moins connus que les deux places ou la rue principale. La perception, qui vient de fermer suite à un énième remaniement gouvernemental mais sans qu'il y ait eu suppression des impôts, abrite maintenant un kinésithérapeute. Le bâtimentprésente un porche que l'on franchit le plus souvent en voiture pour profiter du parc de stationnement installé dans la cour intérieure. Toutefois, certains jours, le lundi ou le samedi, on le traverse pour aller acheter quelques frusques bon marché dans le réduit de " l'humanitaire du Trieux " qui reçoit des dons qui sont ensuite revendus au profit du tiers monde. C'est un de ces jours là qu'un passant, Jean-Pierre pour être plus précis, aperçoit, la porte toute béantede la boutique de Marie qui abrite également l'atelier de son époux Robert, luthier. Intrigué et sa curiosité mise en éveil car ce n'est pas un jour d'ouverture, il entre. Tout est en ordre, les tableaux au mur, les objets bien rangés sur la table . Il appelle : "Marie ! Robert ! Y'a quelqu'un ?" mais ne reçoit aucun écho à ses appels. Poursuivant sa visite, il gravit l'escalier menant à l'atelier de Robert. Ici, le paysage est moins serein. Jetée aux pieds de l'établi, l'ébauche d'un violoncelle. Et la jolie Marie, assise sur une chaise renversée, repose, la nuque brisée. Brisée par le violoncelle. Hasard, coïncidence ou série délibérée, c'est letroisième mort parmi les artisans d'art. (ajouter un paragraphe pour dire quelle artiste était Marie. ce n'est d'ailleurs pas bien clair. Marie est-elle commerçante ? Vend-elle les oeuvres de son mari Robert ? Ou bien est-elle artiste elle-même ? Et Robert dans tout ça ? Que lui arrive-t-il ? Est-il au moins soupçonné d'avoir tué sa femme ? C'est lui le luthier. Donc logique que l'on pense qu'il ait utilisé son violoncelle en création comme arme contre son épouse lors d'une possible dispute entre époux)
Lorsque les gendarmes, urgemment convoqués par un Jean-Pierre atterré, mais néanmoins ayant conservé son flegme de breton habitué aux changements d’humeur de la mer, parviennent sur les lieux, ils découvrent le luthier, assassiné dans les mêmes conditions. La nouvelle a vite fait le tour du village. Hier encore, il apparaissait au vernissage d’un plasticien, dynamique, soutenant les efforts d’Ar an Trev pour faire connaître au monde les œuvres des artistes qui ont choisi les murs de pierre des salles de Pontrieux pour abriter leur créativité. Julien Lannou était présent aussi, qui a pris le relais de Maryse Jacq, pour présider le groupe qui a pignon, et surtout vitrine, sur rue, et qui de temps en temps propose des animations pour améliorer l’ordinaire de la vie culturelle pontrivienne. Tous les 2 ans, les « insolites monde d’artistes » qui ouvrent plus de 300 ateliers à la curiosité, en plein mois de novembre. Et chaque mois, un artiste qui invite un « étranger » qui vient d’un autre bout de la France pour exposer. Cette fois, c’est Eric, qui remplit la salle des fêtes de ses tableaux colorés, femmes seules ou villes isolées. Eric habite le village voisin, Ploézal.
« Je le trouve moins tourmenté, estime Viviane
- Oui, plus gai, plus harmonieux, il trouve là son unité, il a beaucoup évolué », ajoute Julien.
Maryse se joint au groupe. Elle est toujours présente pour les autres. Présente depuis 12 ans, où elle participe aussi à de nombreuses expositions, tout en menant parallèlement une carrière en cuisine, car hélas, la vie d’artiste ne donne pas souvent les moyens de subvenir à ses besoins. Peut-être, à Paris… Sûrement, dans un autre monde, où les poètes, les plasticiens, les rêveurs, les créatifs, auraient toute leur place.
« Un monde qui n’est pas prêt de voir le jour, soupire Maryse.
- Sait-on jamais, espère le luthier. Ce n’est peut-être pas la bonne période pour y croire. Une société de la consommation ne consomme hélas pas la culture, ou seulement tout ce qui est commercial, jetable, facile d’accès, facile à oublier, à produire, à entreposer, du destructible, de l’immédiat, de la soupe, du roman de gare et du tableau de salon, à l’eau de rose. »
Le luthier vivait encore hier, et espérait.
« Mais que se passe-t-il dans notre pauvre petite ville ? Depuis quelques semaines, je n’y comprends plus rien ! » Après avoir lancé cette exclamation sur un ton exaspéré, Domi traverse la rue Saint-Yves et rentre dans sa boutique.
Domi, c'est une des nombreuses artistes de Pontrieux; elle y est installée depuis plus de dix ans ; elle a commencé à se faire connaître en réalisant de petits tableaux sur bois en général, décrivant toutes
sortes de situations plutôt drôles arrivant à un même personnage, c'était donc devenu la marque de Domi. Depuis quelques années, cette grande jeune femme à la luxuriante chevelure prématurément grise s'est
spécialisée dans la vente de pierres et minéraux précieux qu'elle utilise dans la création de forts jolis bijoux. Sa boutique est un peu en contrebas de la chaussée, elle est très vive et colorée, chaleureuse
et vraiment agréable, un des petits trésors de Pontrieux. Ce jour là, après avoir regagné son comptoir, Domi, très troublée ne se met pas immédiatement à sertir de nouvelles pierres, en en accommodant les
formes et les couleurs comme elle en a l'habitude. Au lieu de cela, après avoir d'un geste vif rejeté son immense écharpe sur une petite chaise, elle se presse vers le fond de l'atelier, tourmentée par une
espèce de sentiment d'urgence qui la remplit de crainte. C'est là, tout au fond, le corps ramassé, tassé contre le mur dans l'angle sombre de la pièce qu'on la retrouve sans vie quelques heures plus tard. La corde de l’un de ses colliers, du solide, étranglant son cou, encore muni des objets minuscules qui en font une pièce unique, triskell, fleur des champs (décrire) Elle
entre à son tour dans la liste plutôt longue des artistes tragiquement disparus à Pontrieux. C’est la sixième.
Lucie
La petite cité d'ordinaire si accueillante est sous le choc. Le soir, les rues se vident comme s'il y avait le couvre-feu. Chacun se méfie de l'autre, et les rencontres régulières au jardin de la Passerelle ou de l'Intermarché ne sont plus qu'un souvenir. Titine épluche les obsèques, en avise ses relations qui se déplacent de moins en moins, fermant leur portes à double tour. Josette et elle continuent d'assister aux enterrements, Titine s'est même acheté pour une somme modique un ensemble passe partout.
A la mairie c'est le désespoir, le maire s'enferme dans son bureau durant des heures pour tenter de nouer le fil de ces agressions qui semblent ne toucher que les artistes, et de Pontrieux, de surcroît. Il ne peut même pas partager sa douleur avec d’autres maires qui, même s’ils se montrent solidaires et pleins de commisération, ne s’en sentent pas moins soulagés, et ne finissent par se demander s’il n’existe pas une raison, comme une sorte de punition, qui toucherait cette ville et pas d’autres parce qu’elle aurait, sans le vouloir ou sans l’avouer, gravement fauté, comme Eve avec Adam, qui nous fit perdre le paradis, ou Sodome et Gomorre.
Mais quelles peuvent être les motivations du ou des criminels ? Une réunion extraordinaire du Conseil municipal a lieu au cours de laquelle un conseiller fraîchement élu qui était en relation avec les artistes est désigné pour aider les gendarmes dans leurs recherches. Lui qui espérait un avenir brillant se voit déjà au ban de la société pontrivienne.
Les commerçant constatent avec consternation que leurs boutiques se vident et le brave abbé Thune qui en a de moins en moins assiste impuissant à la défection de ses dames patronnesses désertant le saint lieu. Il a même songé, durant quelques minutes rechercher un emploi mais s'en est remis au seigneur pour interrompre les activités de ce "saigneur".
Mario, le restaurateur sicilien continue imperturbablement son activité. La nuit, parfois la lumière reste allumée très tard chez lui et des voitures stationnent devant sa devanture. Il est vrai qu'il a des dons artistiques et qu'il veut certainement surveiller ses oeuvres. De plus, les cuisiniers travaillant souvent très tard pour des salaires anti-proportionnels, personne ne s'en émeut.
Un matin un flot de journalistes locaux et régionaux débarque caméra au poing et micro caché afin de recueillir quelque histoire croustillante. Titine et Josette les reçoivent aimablement acceptant les interviews et se permettant même d'en rajouter un peu, en bons informateurs. Josette se fait traîner par un molosse jaunâtre, attaché très court qui dit-elle la conduit en raison de sa cécité que l'on dit réelle ou, depuis les drames, quelque peu supposée. Beaucoup se demandent comment elle se déplace partout traînant depuis quelques temps sur le dos un étui à guitare !
Senfler le gendarme, et son adjoint sont troublés: la trajectoire criminelle ne paraît pas claire, seul un larcin semble avoir été commis. Et les secours tardent à arriver. Les secours pour la gendarmerie, s’entend, complètement dépassée par les événements, et qui a envoyé maints SOS à Rennes. Les médias semblent plus prompts à réagir que la gendarmerie nationale. Ils ont découvert une mine…
La télé arrive et les titres des journaux affolent les habitants : "Pontrieux, cité de l'horreur" ; "les loups ont envahi Pontrieux" ; qui sera le prochain". Dans les communes alentour, les artisans d'art vivent dans la crainte: “pourquoi s'arrêter à Pontrieux ?” Les vernissages sont reportés et les manifestations estivales suspendues... Le monde est tout entier dans l’attente de ce qui se vit à la Cité de caractère.
Pontrieux, petite bourgade des Côtes d’Armor, pépère … Tu peux chercher sur la carte. Si tu connais pas, tu risques pas de trouver. C’est une petite ville située sur le Trieux au cas où t’aurais pas encore compris, où y se passe jamais rien, si ce n’est le festival des lavandières et le train touristique avec sa locomotive fumante et trébuchante qui vomit des flots de touristes tous les week-ends, l’été. Parce que l’hiver, c’est plutôt calme, pour pas dire désert. Les rues s'animent alors parfois mais c'est seulement pour suivre un enterrement.Quand le froid s’installe, le verglas sur les pavés les rend glissants et dangereux et lorsque la nuit tombe, tout le monde rentre chez soi, manger la soupe et rester bien au chaud …
A l’angle de la rue Traou Mélédern (à traduire pour que le lecteur comprenne le lien avec l'enfer), déjà le nom de la rue, tu devrais te méfier. Avec un nom pareil, t’es déjà sur le chemin de l’enfer. Pas encore arrivé, mais déjà bien en chemin. A l’angle de la rue Traou Mélédern, juste après la masse sombre de l’église, il y a sur la gauche, une maison ancienne, un peu de guingois, coincée dans un renfoncement. Pas avec des vitres, maisdes vitraux, comme dans une église. A l’intérieur, un capharnaüm étrange. Des tableaux, des tubes de gouache et de peinture à l’huile, du fil de plomb, des colorants, une fenêtre étrange, des mobiles et des vitraux. Le sol estjonché de morceaux de verre de couleurs variées, contenu dans des caisses. Assis à un bureau, un verre renversé devant lui, comme lui ayant tout juste échappé des mains, et sur lequel il avait posé des incrustations fines et travaillées, le maître des lieux, immobile, le regard figé, un dernier rictus douloureux arrêté dans la mort lui dessine un sourire terrible et froid ...
23:20 Ecrit par viviane rommelaere dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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24/08/2009
massacre à la pontrivienne
Massacre à la pontrivienne
Lejj Micluvveigt
Synopsis: Pontrieux, en Côtes d’Armor, 1000 habitants, 4 fleurs, village de caractère. Où l’on peut poser son vélo contre la façade de la Tour Eiffel ou ses affaires devant sa porte, sans qu’il se passe rien. Jusqu’à ce jour où Eric, un enfant du pays, ouvre le feu en racontant une farce qu’il a voulu faire, et qui ne s’est pas terminée en tragédie, puisque la tragédie a eu lieu avant. Un meurtre !
Prémonition ? Mise en scène ? Ce meurtre sera suivi de 15 autres, tous des artistes de Pontrieux. Qui a tué ? Pourquoi ? Les artistes de l’atelier d’écriture s’inquiètent: l’assassin s’arrête-t-il aux plasticiens ou ceux qui écrivent sont-ils aussi dans le collimateur ? Les habitants angoissent aussi: le sérial-killer va-t-il s’arrêter aux artistes ? La mairie s’émeut, la gendarmerie réclame des renforts, les journalistes rencontrés lors des enterrements qui se suivent donnent leur point de vue (ils sont curieux de nature).
Petit à petit, le cercle se resserre. Les meurtres ont lieuseulement les lundis et mardis, jours des activités de l’Université du Temps Libre du Trieux, présidé par Jean-Pierre. Celui-ci, qui reconduit Josette, aveugle, se rend compte qu’ils ont lieu juste après qu’il l’ait ramenée. Tour à tour, chacun est suspecté, sauf Michel, trop philosophe pour être aussi tueur, et Lucie, qui ne supporte pas la moindre violence. Josette récolte de nouveaux indices, autour de Mario, un sicilien restaurateur. Mais Viviane est victime à son tour.
Mais qui ? Et pourquoi ? La jalousie ! Et l’aide d’une voisine trop bavarde, d’un ouvrier noir qui a décidé que faire le bien ne mène à rien, et que seul le mal peut amener à parler de soi et permettre la célébrité. Il s’appelle Aimé. Véridique.
19:48 Ecrit par viviane rommelaere dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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11/05/2009
Un polar en atelier d'écriture
Etait-ce en octobre 2008 ? J'ai proposé à mon atelier d'écriture de se lancer dans un polar. Nous étions une dizaine. Il fallait se partager l'assassinat de tous les artistes de notre cité (de caractère). La liste m'avait été fournie par l'office de tourisme. Il ne restait plus à chacun qu'à choisir celui ou celle qu'il truciderait. La première difficulté s'est révélée après ce choix: l'une des participantes n'a pas réussi à tuer l'artiste de son choix. Il est d'ailleurs aujourd'hui encore dans la nature, disparu, peut-être à ajouter à la liste des suspects. Ce travail demandait de connaître l'endroit où nous écrivions (mais n'habitions pas tous, dispatchés dans la campagne ou les villages avoisinants), les artistes et leurs oeuvres. Et certains se sont rendu compte qu'ils ne connaissaient qu'approximativement leur environnement (moi-même, j'ai choisi à partir d'une oeuvre aperçue dans une vitrine, un personnage planté de clous, et, a-t-il été vendu, il n'est plus à sa place, et je n'ai toujours pas idée de celui qui l'a conçu, et que j'ai pourtant bel et bien achevé. Il faudra que je lui rende visite avant le prochain atelier, pour peufiner sa description). Par contre, lors d'un vernissage, j'ai eu l'occasion de papoter avec un autre artiste, à qui j'ai demandé comment il envisageait son enterrement, qui serait le début de la résolution de l'énigme.
Car, à l'atelier suivant, et je regrette que celui-ci n'ait pas été enregistré, nous avions établi la trame, découvert le coupable, relevé les premiers indices.
21:40 Ecrit par viviane rommelaere dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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