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22/09/2015

A la poursuite du shérif de Trédarzinic: disparition

Le shérif de Trédarzinic

 

J'étais en Espagne lorsque j'appris sa disparition. Même en vacances, je ne pouvais m'empêcher de consulter mes mails et mes newsletters. Et l'on s'étonne que le peuple français soit le plus gros mangeur de somnifères et d'anti dépresseurs ! Quand l'on sait l'usage qu'il, et donc moi, fait aussi des nouvelles technologies. Non que je sois contre le progrès. Qui a quand même mis dans les mains de quelques-uns les richesses qui auraient dû appartenir à tout le monde. Mais un peuple aussi sensible que le français ne devrait pas avoir constamment sous les yeux toute la misère du monde. Ni ses faits-divers les plus dramatiques. Cela le force à être méchant en même temps qu'il augmente le déficit de la sécurité sociale, pour lutter contre ses excès de générosité et d'anxiété. Le Front National et autres replis xénophobes ne puisent que là-dedans et dans une simplification à outrance des pensées.

 

C'est la newsletter d'Ouest-France qui m'a mis la puce à l'oreille. Je l'avais presque oublié, cet exécrable, cet arrogant,malgré le mal qu'il m'avait fait, bien que me disant parfois qu'il aurait difficilement vécu la découverte de l'Espagne.Les excès de Gaudi à Barcelone. La Sagrada Familia l'aurait tordu de douleur, révulsé.Bien que toujours inachevée, en attente de donations. J'y avais contribué, toute à l'idée du choc qu'elle aurait provoqué chez mon shérif, qui n'avait pas encore assimilé l'art roman, encore moins gothique et que dire du flamboyant. Tout ce que le pays compte d'audacieux, de coloré, de vivant, il n'aurait pensé qu'à le faire disparaître. L'Espagne des républicains, des Indignados, des Podemos, de l'espoir, de Pablo Picasso et de Garcia Lorca, du tango, du flamenco, des toros qui s'ennuient le dimanche.

 

Même les modestes gravures dans la pierre du camping de Torre de la Mora, près de Tarragone, où je m'occupais au farniente, et qui me rappelaient celles qui soulignaient les chemins du domaine de la Roche Jagu, un lieu qu'il réprouvait mais appartenant hélas au Conseil Général de Bretagne, donc hors de la portée, auraient pu lui être fatales. Quant à Tarragone, ses fêtes religieuses et ses liesses qui montaient haut dans le ciel, portées par le rouge, le blanc et le noir des costumes des participants…

 

Le sang chaud espagnol et son verbe haut, pour qui n'était que mielleux, auraient été insupportables. Il fallait le voir, lors de la manifestation pour la sauvegarde de la ligne Paimpol-Pontrieux, dans celle de la gare la plus éprouvée économiquement, défendre avec hargne le passage du train, intervenant selon un ordre protocolaire, dans lequel on avait essayé d'éviter l'accès des syndicats qui défendaient leur emploi, et où tous les élus se faisaient les yeux doux, lui le regard perdu au-dessus de la masse du petit peuple, puis, à son tour, dévidant la crème onctueuse d'un discours bien tourné.

 

Ah non, pas indigné ni possédé, le pouvoir à sa seule prestance, aux vertus de sa tchatche ! Il y avait encore des gens pour croire qu'on défendait leur droit à circuler que donnent les transports en commun à ceux qui ne possèdent pas de voiture, ou ne peuvent les conduire, trop jeunes ou trop vieux ou trop pauvres ou trop écolos, trop piétons, trop maladroits, trop malades. Mais c'était uniquement l'argent que rapportait cette ligne, qu'une locomotive à vapeur traversait l'été, pour attirer les touristes, qui intéressait les élus de tous poils. Et les voix des commerçants.

 

Pour l'heure, la presse indiquait qu'à la suite de la fête du saumon, que la pollution avait décimé dans le Trieux mais qu'on continuait à célébrer sur ses bords, parfois même en proposant au menu du poisson importé, le shérif, pourtant très présent sur les lieux, obligé de se faire voir, avait été soudain perdu de vue. Une douce allégresse était montée en moi, bien que je sois persuadée de me faire une fausse joie. Je l'imaginais glissant dans la rivière, ou fuguant, mais on avait retrouvé l'impeccable voiture, et aucun corps. Peut-être était-il monté avec les anges, ou télétransporté, on ne sait jamais.

 

Trédarzinic, un millier d'habitants dispersés entre mer et centre Bretagne, entre roches et forêts, entre vaches et moutons, maïs, choux-fleurs et artichauts, au bord des 3 rivières, Trieux, Jaudy et Leff, entre Ploubazlanec et Pordic, aussi. A Trédarzinic, une centaine de hameaux, dispersés sur tout son territoire, aucun d'entre eux si éloigné fut-il n'échappait à sa vigilance. Il fallait compter pour cela sur quelques-unes de ce millier d'âmes, que le hasard avait habilement réparties, et qui se vantaient d'avoir le bras long, et, faut-il ajouter, le téléphone et la certitude que le maire était à l'écoute de la moindre incartade, comme si son rôle était avant tout de réprimer, pour qu'il puisse exercer allégrement son pouvoir. Bien que celui-ci s'exerça surtout contre les plus faibles, personnes âgées, jeunes sans défense, nouveaux venus n'obéissant pas assez à ses lois.

 

On aurait pu croire la Bretagne moins sujette à la délation, d'autant que tout près, à Plouha, la plage Bonaparte, nom de code donné par les services secrets britanniques,ancienne anse Cochat, célébrait le souvenir d'un réseau de résistance, le réseau Shelburn,que vinrent organiser en novembre 1943 les franco-canadiens Lucien Dumais et Lucien Labrosse, son radio,qui permit à 135 anglais de regagner leur île. Ils étaient transportés des gares de Guingamp, Chatelaudren ou Saint-Brieuc jusqu'à la maison des Gicquel, nom de code Alphonse, située à 2 kilomètres.Vingt-trois membres du réseau sont morts pour la France et 503 membres de la corvette anglaise, mais pas son commodore David Leslie Birkin, ont péri en mer. Mais l'être humain étant capable du meilleur comme du pire, le pire avait également cours chez nous.

11:40 Écrit par viviane rommelaere | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

21/09/2015

A la pousuite du shérif de Trédarzinic: famille

 

Le shérif de Trédarzinic

 

On pouvait se demander aussi les dégâts qu'un être aussi abominable, mais gentil d'apparence bien qu'un peu arrogant, pouvait avoir sur sa famille. Une femme qui n'avait jamais quitté le village, bonne catholique, bonne épouse, bonne mère, dévouée, effacée. Des enfants modèles. Rien de déplacé. Le fils comme un Louis Sarkozy, brillant, sûr de lui. D'ailleurs, c'était le prénom qu'il lui avait donné. La fille en Carla Bruni fille, douce, juste un peu à gauche de la droite de celui qui n'avait pas d'étiquette, car dans les villages, il était possible d'avancer masqué.

 

La famille du shérif était donc exemplaire. Faut-il se complaire dans la médiocrité pour ne pas faire de vagues ? Quand je vois le nombre d'enfants et de parents qui se déchirent, se séparent, alors même que je les perçois comme valeureux, généreux, humains ? Qui souffrent de blessures inguérissables, de ruptures incompréhensibles ? Comme si le poids de la vie était plus lourd à porter aux plus vivants ?

 

J'étais moi-même un peu fée, même si avec les siècles j'avais perdu de mon pouvoir, et je ressentais bien toutes ces nuances que comportait Trédarzinic, les ondes négatives. J'aurais dû sans doute ne pas emménager, mais un coup de coeur m'avait attachée à la maison, au paysage remarquable qui l'entourait, et, par la suite, aux habitants de ce hameau qui, il faut bien s'en douter, n'avait pas les faveurs du maire. Donc, pas de tout à l'égout, malgré la pétition que nous avions organisée, pas d'éclairage public, ce qui était plutôt un bien, pas d'espace fleuri entretenu, ce qui n'était pas mal non plus, l'herbe sauvage ayant droit de cité dans ce coin de campagne, bien qu'elle soit massacrée 2 fois l'an, en juin et en septembre, mais plus par les produits herbicides, ce qui n'était pas la faute du maire, qui aurait préféré un désert plus facile à surveiller, et qui n'hésitait pas à faire passer la faucheuse dans le moindre recoin appartenant à la commune. Des arbres qui se permettraient de pousser sur un terrain communal sans qu'on l'y ait autorisé, non, mais retenez-moi...

 

  

 

11:34 Écrit par viviane rommelaere | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

20/09/2015

à la poursuite du shérif de Trédarzinic: portrait

Le shérif de Trédarzinic

Il était petit, gris de rares cheveux , terne de regard vitreux encerclé de lunettes à monture de fer, compassé. De son mètre 65, il tirait sur tout ce qui bouge à Trédarzinic. Il ne voulait voir qu'une tête parmi ses administrés. Pas une épingle à cheveux à terre. Rien qui dépasse. Le moindre désordre dans les mouvements routiniers de la population le mettait en transes.Il arrivait illico et en personne sur les lieux du crime.

Un mouton qui s'égare, une porte qu'on repeint autrement qu'en blanc ou en lasure? On était sûr de le voirapparaître ! Au volant de son impeccable décapotable grise dont le toit n'avait jamais été ouvert, dont les chromes et la carrosserie brillaient de mille feux.Dans l'un de ses costumes tout aussi impeccable et gris, clair pour les circonstances joyeuses, foncé pour les autres. Chaussures cirées. Comme à l'armée. Pour intimer que tout revienne en l'état initial. La porte garderait sa couleur caca d'oie écaillé. Le mouton retrouverait son troupeau.Le changement ne serait pas pour aujourd'hui.

Il était le maire. Il se devait d'être le seul à pouvoir transformer le cours de vies déjà bien monotones. Seul, il pouvait réformer. Il était un enfant du pays. L'un des rares à avoir suivi des études. En comptabilité. Cela ne l'avait pas rendu plus intelligent. Mais plus maniaque, oui. Un pervers narcissique, pour reprendre une expression à la mode. Qui confondait maire et maître. Qui confondait devoir et abus de pouvoir.

  

11:32 Écrit par viviane rommelaere | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

 
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