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15/06/2015

réflexions après la messe du dimanche et la lecture de Le Chardonneret.

 

 

 

 

Ma mère ne voulait pas déranger le médecin. Elle a donc gardé pour elle son malaise du matin. Ce moment où elle s'est sentie tout-à-coup paralysée. Mais qui a passé sans problème. Ce n'est que le soir qu'il a fallu l'emmener aux urgences de l'hôpital. Elle avait 64 ans.

 

 

L'âge que j'ai aujourd'hui.

 

 

La vie -peut importe ce qu'elle est d'autre – est brève. La destinée est cruelle, mais peut-être pas laissée au hasard. La Nature (c'est-à-dire la Mort) gagne toujours, mais cela ne signifie pas que nous devions courber la tête et ramper devant elle. Le Chardonneret. Donna Tartt.

 

 

IMG_2100.JPGAujourd'hui, pour la première fois ici, je suis allée à la messe du dimanche. Il y a juste 6 ans, j'ai signé ce compromis de vente qui me lie à un appartement qui ne représentera peut-être jamais l'héritage que je tenais à laisser à mes enfants. Une escroquerie dans laquelle j'ai tout perdu. Mes dernières confiances en l'être humain. Même si j'ai tenté encore. Est-ce ce temps que j'ai voulu marquer ?

 

 

Peut-être même que nous ne sommes pas toujours ravis d'être ici, il est pourtant de notre devoir de nous immerger : de passer à gué jusqu'à l'autre côté, de traverser le cloaque tout en gardant nos yeux et nos coeurs ouverts. Le Chardonneret. Donna Tartt.

 

 

Ma nuit ne m'a pas permis de faire le plein, même si j'ai mis en marche l'appareil qui soigne mon apnée et aussi me rassure. Mon dimanche m'apparaissait comme une journée qui allait traîner en longueur, malgré toutes les urgences que je ne réglerais pas. Je suis partie trop tôt pour la messe. Les cloches m'ont cueillie alors que je passais le pont piétonnier qui traverse les écluses. Les sons remplissaient tout l'espace, sous mes pieds, ceux de l'eau,le métal dans le ciel, de joie, d'énergie déployées. Je me réfugiais de l'autre côté de remparts symboliques, dont il restait des vestiges, et ces sons.

 

 

J'ai choisi le dernier banc d'une église déjà à moitié remplie. Moyenne d'âge plutôt avancée : on se sent plus près de Dieu à 80 ans qu'à 20, je suppose. Plutôt des femmes. Mais pas que. Des vitraux colorés, et l'autel curieusement sanglé par des colonnes de granit. Notre-Dame du Bon Secours. Basilique du onzième siècle. Il était question de grain qu'on semait et qui donnait la plus belle plante, mais le son n'était pas très bon. Moi-même, j'étais loin. Pas trop en communion.

 

 

A vrai dire enragée par l'avis qui était placardé depuis peu dans ma rue d'une pétition pour garder celle-ci en double-sens. Celle-ci était en train de retrouver, pavée, goudronnée, une meilleure figure, moins casse-gueule, pour la piétonne que j'étais. Mais les commerçants étaient plus dévoués à l'automobile qu'à tout autre aspect de la vie en centre-ville, circulez, y a rien à voir, que mon immeuble s'écroule bouffé par la mérule, que le voisinage soit inexistant, mais que les hordes de voitures passent et que l'herbe ne repousse pas, surtout.

 

 

Et donc, plutôt calmée par ces 200 personnes qui s'installaient dans le silence et que je côtoyais sans les connaître. Six ans dans une ville de 7000 habitants et je n'en reconnaissais aucun. Même si la plupart, je ne les avais vus que de dos. L'église me semblait fraîche et je me sentais bien. Mélange roman dont il ne reste plus grand-chose, puis gothique et renaissance. Majestueux.

 

 

Et tandis que nous mourons, tandis que nous émergeons de l'organique et replongeons de manière ignominieuse dans l'organique, c'est une gloire et un privilège d'aimer ce que la Mort n'atteint pas. Le Chardonneret. Donna Tartt.

 

 

On ne pense jamais à la mort. Moi si. Brel, Brassens, Ferrat aussi. Les grands de la chanson française. Avec Ferré. Et je vais y ajouter Cohen. Juste pour moi et parce que lui aussi, je l'ai écouté en boucle, son concert à Austin, Take this waltz… Et qu'il m'a fait du bien. Ensuite, il y a eu les photos de mes petits-enfants, prises en boucle elles aussi, leur bonne bouille, qui a remplacé.

 

 

Je meurs d'une petite fièvre. Et je suis venue dans cette église parce que c'est ici que je serai, selon toute probabilité, enterrée. Avec cette chanson de Ferrat. Comme à mon mariage, en 1973, Que serai-je sans toi ? Et La quête, de Brel. Ce que la Mort n'atteint pas. La basilique atteignait les 1000 ans, et je la trouvais plutôt bien conservé, solide, intéressante. A choisir, j'aurais préféré la Sagrada Familia. Mais quand même. A choisir, je préférerais dans longtemps et mes problèmes réglés.

 

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Nous sommes le lundi et c'est un jour qui s'étire pareillement. Il est 7 heures. Le jour s'est levé avec quelques taches bleues dans le ciel. C'est ce que je vois de mon lit, le ciel, le haut des arbres. Par un miroir sur le mur, le pignon de pierre grise d'une maison, et, comme souvent, des pigeons installés sur la cheminée, ou des corbeaux. Tout à l'heure, quelqu'un passera pour relever les pièges installés dans le grenier de mon immeuble. Un ouvrier des services techniques de la mairie. L'immeuble n'est pas seulement envahi par la mérule.

 

 

08:13 Écrit par viviane rommelaere | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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