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25/05/2015

brocante de la rue Saint-Yves

la rue est au coin de la mienne,

il suffisait de se lever avant 7 heures samedi,

de ne pas s'inquiéter des nuages dans le ciel,

et de pousser sur les trottoirs refaits de pavés et de bitume, ceux que je vois se réaliser depuis 4 mois depuis mon balcon, avec l'espoir qu'ils apporteront un mieux dans notre vie de quartier,

de pousser donc les caisses débordantes de bouquins et de fringues qui font trop-plein chez moi,

je vends le bibelot un euro symbolique auquel j'ajoute un livre gratuit,

c'est trop important, la lecture.

 

L'ambiance est bon-enfant,

ceux qui reviennent du marché s'étonnent de découvrir les stands,

je bavarderai avec une vingtaine d'habitants que je connais,

pas plus,

depuis 6 ans,

mais je n'habite ici que par intermittences,

et ne participe presque plus dans la vie associative.

 

Je ferai des rencontres importantes,

déjà, celle avec qui je tiens le stand, photographe,

avec qui c'est agréable de travailler,

et puis quelqu'un qui s'implique dans l'art brut,

et dont je connaissais le mari,

mais je n savais pas,

moi qui cherchais depuis longtemps,

comme je cherche aussi à partager mon jardin,

en vain,

et puis quelques voisins

que je ne rencontre jamais et qui là

prennent le temps de me parler,

des gens qui avec l'âge ne vont pas très bien,

et cela m'inquiète et m'attriste,

et puis des inconnus,

avec qui j'échange quelques paroles,

sur les livres, notamment.

 

Une estrade a été construite en face

et des enfants de 10 et 9 ans jouent de la musique bretonne

bombarde, accordéon, guitare

le soleil s'est levé sur eux et ne nous quittera plus,

un couple les remplace, accordéon aussi,

attends, je ne suis pas sûre,

il faut que je vérifie les photos,

et une chanteuse à la voix grave

qui fait danser un groupe jusqu'au bout de sa fatigue

je ne saurais trop la décrire,

je suis fatiguée aussi,

et enthousiaste, c'est ce qu'elle communique,

dans le guttural breton accompagné du violon,

et souriante, et bienveillante,

et je ne sais pourquoi,

je me mets à penser aux bretonnes solides, à la pointe du raz,

qui attendent le retour des terre-neuvas

et la mer danse sous le soleil maintenant bien installé,

c'est une belle journée.

 

17:29 Écrit par viviane rommelaere | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

01/05/2015

à la poursuite... Morgane, Mélusine et Viviane, les fées

en février,  où toute l’humidité bretonne s’était concentrée, des femmes qu’il n’avait jamais vues étaient venues à sa rencontre. Elles avaient fait le voyage à partir d’intuitions, plus ou moins conscientes, d’un drame qui allait se jouer à cet endroit. Au vrai, c’était Morgane qui les conduisait vers ses prémonitions. Viviane n’y croyait pas. Mélusine, trop neuve sur la région, pas encore coupée de son cordon ombilical parisien, n’y comprenait rien.  Elles ne pourraient intervenir, mais s’imprégneraient des lieux. Comme des Maigret, des Miss Marple, des Wallender, des indiens navajos, des juges Ti. Sur place avant l’heure, parce que c’était la Bretagne et qu’elles étaient des fées. Pas plus douées qu’eux. Mais plus présentes. Et en avance sur leur temps.

   Le sentier montait entre les arbres  clairsemés. Les feuilles mortes luisaient sans craquer sous les pas. Des filets de boues noires s’insinuaient dans ce magma opaque. On pataugeait, on glissait. Le processus de décomposition semblait s’accélérer. Tu es terre et tu retourneras à la terre.

    Les 3 silhouettes  se suivaient. Petites. Trapues. Pliées par le vent. Mais décidées. Elles s’aidaient d’un bâton. Lentes.

   La première, Morgane, enserrée dans  son  manteau d’hiver qui lui arrivait à mi-pantalon jean, ses longs cheveux foncés protégés par un chapeau cloche,  se retourna pour attendre les autres. La seconde, Mélusine, en épais parka marine, chevelure rousse et ébouriffée, en profita Viviane, courts cheveux blancs sous la casquette de laine noire,  maugréait, le froid, le vent, pas bon pour son cœur. Mais elle grimpait quand même.

   Des fées, Morgane, demi-soeur du roi Arthur et de Morgrauve, fille d'Ygraine et de Gorlois, Viviane, dame du lac, qui enchanta Merlin et lui donna l'épée excalibur, et Mélusine venue d'ailleurs, fée des sources et bâtisseuse.

   Des fées, parce que la Bretagne en est pleine, de ces femmes courageuses qui vivent des destins hors du commun. Ou pas. Simplement, qui vivent. Quand le monde tout autour les bouleverse, les emmène dans des ailleurs qu’elles n’ont pas forcément envie de connaître. Voyageuses, turbulentes, et immobiles, très silencieuses, discrètes. Elles n’intéressent personne. Sauf les plus attentifs. L’aigle au regard perçant de Barbara. Les oies sauvages de Brassens. Le libre goéland, Jonathan Livingstone. L’albatros de Baudelaire. Mais elles marchent. Elles créent. Elles interviennent. Elles crient. Elles rient. Elles accueillent. Pour que ce monde soit moins lourd. Plus humain. Fées nécessaires. Vitales.

   Elles sont des milliers de petites fées. Dont aucun média ne s’empare. Qui s’accrochent, se multiplient, ploient sous le fardeau, souriantes, gaies. Et sans lesquelles n’existeraient pas les légendes. Les rivières claires. Les aubes prometteuses. Les ciels changeants. Les forêts profondes.  Les enfances joyeuses. Les fêtes rassembleuses. Tout au long des longues plaines, elles sont le peuple immense qui avance lentement, que chantait le Père Duval, du temps où l’Eglise se mêlait aux plus pauvres des hommes pour soutenir leur colèreSur le sentier, elles accomplissent ce qui doit être fait, et qu’elles ignorent encore. Elles arrivent trop tôt.

  • Le monde est acceptable si l’on voit les choses une par une, dit Morgane quand elles sont assez proches pour entendre sa voix. C’est l’emmêlement qui ne l’est pas. Je l’ai lu ce matin, dans Profanes, de Jeanne Benameur.

  • Tu as le temps de lire ? s’étonne Viviane, soufflant encore un peu.

  • C’est mon jour de congé. Et j’ai toujours lu.

  • La mort et l’amour, reprend Viviane. C’est ce qu’il y a dans ce livre. La mort et l’amour s’emmêlent. La mort est un point. Seulement un point. Et un point n’est pas une frontière.

  • Tu l’as appris par cœur ?

  • Je fais des fiches. C’est ce qui m’a sauvée au bac. Des citations d’auteurs qui étaient dans ma tête à cause de mes fiches. Mais je m’en suis débarrassée, et combien je le regrette. En même temps, je vieillis. Je ne sais plus tout assimiler. Sauf le plus récent. Ce livre-là. Il y a dans l’amour des moments bénis. Toute la vie après ils éclairent. Dans leurs regards la gravité de ceux qui ont appris que l’amour ne protège de rien. Qu’il sert juste à prendre tous les risques. Et que l’on est toujours vulnérable. J’avoue que j’ai apprécié cette lecture. Dans une époque aussi où je pratiquais des séances de pleine conscience. Ce texte tombait à pic.

  • Ce que j’apprécie, continue Mélusine, c’est que l’on trouve encore le mot amour dans une époque de plus en plus cynique. Moi, je ne lis pas assez. Et je le regrette aussi. Mais pourquoi dis-tu que l’amour et la mort sont mêlés ? Et qu’est-ce que c’est que la pleine conscience ?

  • Ecoute-toi respirer. Et déjà, tu auras une idée plus juste de la conscience, de la mort et de l’amour. Mais c’est évidemment bien plus compliqué.

  • Et Viviane n’est pas la mieux placée quand il s’agit d’expliquer, sourit Morgane.

  • C’est vrai. J’ai tendance à me mélanger les pinceaux. A tout m’emmêler.

  • Bon, on continue, suggère Morgane. On n’a plus beaucoup à monter.

09:48 Écrit par viviane rommelaere dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

 
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