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25/04/2015

A la poursuite du shérif de Trédarzinic (polar)

 

  1. En haut de l’affiche,  j‘me voyais déjà.

       Il s’était rêvé  Aznavour, en haut de l’affiche. Il s’était rêvé New-York, en Gainsbourg, Nougaro, Minelli, Yves Simon (Simon, c’est un nom qui me dit quelque chose). En Vieilles Charrues, Francofolies, Woodstock. J’me voyais déjà… Mais tout là-haut, ça se bousculait, ça se poussait du coude, ça se marchait sur les pieds, ça s’écrasait dans tous les sens. Pas facile d’y trouver une place. Même en multipliant les promesses, les trahisons, les crocs en jambe, les plagiats. Ou alors, le talent, la compétence, mais ce n’était pas son cas.

       Déjà, enfant, il avait fréquenté la même école que Nicolas Sarkozy. Qui, même s’il ne présentait pas encore toutes les caractéristiques de l’âge mûr, qui le conduiraient aux plus hautes fonctions de l’Etat, tentait déjà d’imposer son nom, et ce n’était pas Liberté comme Eluard. Et s’il n’y avait eu que lui ! Tant d’autres briguaient un avenir fabuleux. Mais tous les mégalomanes égocentriques, les pervers narcissiques, les prétendants au trône, les imbus d’eux-mêmes ne parviennent pas au statut de dictateur. Ils démarrent tous petitement. Même ceux qui naissent avec une cuillère d’argent dans la bouche. Inaperçus, parfois. Bien que Sarkozy ait toujours prétendu que l’on pouvait détecter les tares dès l’âge de 3 ans.

       En culottes courtes donc, il ne s’était même pas fait courser ni rosser par le petit Nicolas… Celui-ci l’avait tout simplement ignoré ! Mais lui s’était rattrapé depuis. En lui adressant dès parution à compte d’auteur les textes qu’il avait commis, avec rappel de leur passé commun. Et ceci à partir de l’avènement du président. Qui s’était sûrement emparé du livre de chevet, car il était réputé boulimique de lecture. Du moins son ex-camarade de classe s’en était-il persuadé, voire vanté. Pour le moins, à moi-même. Mais peut-être suis-je trop bon public, comme me l’a fait remarquer mon premier psy, à l’occasion de ma relation de couple, avec le premier Merlin de cette histoire. Qui est aussi la mienne. Pour me débarrasser une fois pour toutes de tout ce qui a encombré ma vie. Même si je sais déjà que tout ça ne finira jamais.

       Il en avait reçu courrier de réception. Très gentiment tourné et très encourageant. Et j’imagine que personne n’avait osé lui révéler et surtout pas moi : que ce n’était pas directement le premier magistrat, qui tenait en ses mains le destin de la France, le bouton du nucléaire et le téléphone rouge, qui avait écrit combien il appréciait sa prose. Que celui-ci disposait d’un secrétariat chargé de toutes ces tâches. Qui, vue la teneur flatteuse de la lettre de retour, aux dires de l’artiste, n’avait pas pris la peine de feuilleter l’ouvrage. Tout se perd, même la conscience professionnelle. Il faut toutefois spécifier à leur décharge que la lecture frisait parfois l’indigeste, le lourd, le grandiloquent. Et le plagiat.

      

       Il s’appelait Charles-Louis. En retraite. Marié. Des enfants qui volaient de leurs propres ailes. Et pas de petits-enfants. Et la mort au bout du chemin, dont il n'imaginait pas qu'elle arriverait si tôt. Il ne suffit pas d'avoir de l'ambition et cela n'aide pas au dernier moment.

09:08 Écrit par viviane rommelaere | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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