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01/11/2011

le monde selon ma mérule farceuse et crapouasse

Le monde selon ma mérule farceuse et crapouasse

 

 Morgane  était parvenue à habiter son appartement parce qu’elle avait occulté tout ce qui l’entourait. Elle avait décidé d’ignorer la mérule, qui avait fait de même, et elle s’était mise à penser que ce pouvait être éternel, cette indifférence l’une à l’autre. Seuls les pigeons la dérangeaient, quand ils étaient venus s’installer au 3ème étage dont les boiseries rongées laissaient éclater les vitres. Les propriétaires avaient abandonné l’immeuble, cessé tout entretien, elle ne comprenait pas pourquoi conserver un bien qui se dégradait, ils voulaient vendre, mais à part elle, qui se laisserait encore pigeonner ? Elle avait alerté administrations et justice, médias et voisins, que pouvait-elle faire de plus ? Attendre. En transformant son attente en tapuscrit, et son habitation en atelier d’artiste. La mérule l’avait laissée faire, les pigeons, avec leurs fientes, leurs cadavres et leur présence de plus en plus envahissante l’avaient incommodée. Elle s’était habituée. Ils faisaient partie de son histoire et de l’accélération des dégradations qui l’obligeaient à accélérer ses projets et ses démarches. Elle se représentait précaire. Elle tirerait de son expérience le maximum, ou la catastrophe. Son histoire commençait avec un agent immobilier. Mais c’était la confiance qu’elle avait mise en la notaire qui l’avait choquée. Comme si certains métiers étaient au-dessus de l’escroquerie.

 

   Cruella Batisda était une sorcière qui professait notaire. Notaire, c’est un bon métier pour une sorcière. Il permet d’entrer dans tous les trous hantés, et surtout de les vendre à des pigeons qui s’en mordraient les ailes et ne voudraient plus jamais voler,  écrasés par les fientes de la honte. Elle, en tout cas, n’avait pas honte de voler, et ses propres fientes ne la rebutaient pas. Elle exhibait des yeux d’aigle et un nez busqué, mais surtout un sourire qui avalait tous crus les modestes clients intimidés déjà par son titre rappelé sur une grande plaque en cuivre, toujours brillamment lustrée, par la pléïade de secrétaires qui s’activaient sous ses ordres dans une ribambelle de bureaux. Elle aimait les recevoir et les envinaigrer dans des affaires douteuses qu’elle leur présentait comme des coups sucrés, merveilleux, miraculeux. Plus le produit avait de vices, plus elle appréciait ces confrontations à de braves gens qu’elle mitonnait gentiment, ajoutant au sucre du départ, miel, sel, poivre et épices exotiques qui faisaient monter l’eau à la bouche plus encore que dans les murs qu’elle les convaincrait d’acheter.  Ils ressortaient heureux, rassurés, leur vie location, boulot, dodo, avait repris du cachet, de l’éclat, ils se sentaient châtelains alors qu’ils commençaient  à descendre  la pente douce des tracas multiples jusqu’au bas de l’échelle sociale et des embrouilles en surdose. Certains s’étaient suicidés, parmi eux, après des années de procédures et de batailles judiciaires perdues d’avance, qui allaient les épuiser, les ruiner, férocités et copinages de notables desquels ils étaient rejetés d’avance. Ou avant.  Ils ne faisaient pas le poids.  Ils perdaient leurs procès, leurs économies, leur énergie, le peu d’estime qu’il leur restait d’eux mêmes tandis qu’ils se faisaient plumer, la tête sous l’eau (ceci est une métaphore, l’humidité qu’affectionnait la mérule, ce champignon, si avide des bois intérieurs, n’ayant besoin que de peu d’eau pour atteindre sa plénitude, et ses filaments peuvent dépasser de 12 mètres le point, la virgule, la goutte, la trace d’eau et prospérer encore plus loin, traversant les murs par la moindre fissure) par des clans parfaitement rôdés, même en totale inconscience,  qui jouaient leur rôle pour les défaire jusqu’à leur dernier sou.  Parfois même allaient-ils jusqu’à divorcer. Mais le summum, c’était un client désespéré qui s’était suicidé, avec, comme itinéraire banal,  séparation,  chute dans l’alcool, dépression, ou l’inverse, ne voulant pas tout gâcher de son rêve.

 

16:42 Écrit par viviane rommelaere dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

Commentaires

tu connais ma notaire?
tu la decris très bien en tous les cas
merci

Écrit par : josette | 01/11/2011

je ne la connais pas très bien, mais à force de raconter mon histoire partout, j'ai rencontré d'autres personnes qui me l'ont évoquée dans des termes beaucoup moins élogieux, et j'ai fait une moyenne (y en a pour 200 pages, quand même, bien que le roman soit centré sur ce qu'elle a fait plus que sur ce qu'elle a été). J'avais écrit dans un premier temps CON(iophore), qui était plus une évacuation pour décharger le trop-plein, mais prudente, centrée sur moi, autobiographique, et qui a été édité par Kirographaires.
Là, j'ai pris de la distance et je m'en donne à coeur joie: je n'ai plus rien à perdre. Mais je pense qu'elle n'est pas un exemplaire unique. En tout cas, elle m'aura au moins permis de redonner de l'élan à ma passion, l'écriture. A défaut de gagner au tribunal (cela fait 2 ans que cela traîne). Il faudra bien qu'un jour, ces gens-là payent pour ce(ux) qu'ils ont détruit. Tu es dans quelle région ?

Écrit par : anne arel (viviane) | 01/11/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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