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26/12/2009

mon père, Alzheimer, ma famille, les fêtes et moi

         Eprouvant !  Je suis venue le 17 décembre 2009 rendre visite à mon père, qui  sortait de 21 jours d’hôpital où je l’avais eu quasi quotidiennement au téléphone.IMGP0742.JPG  J’avais quitté Dunkerque en septembre 1986, à la suite de mon divorce, et je ne regrettais pas cette distance prise par rapport à un passé douloureux, et cette ouverture/aventure qui allait construire une vie plus intense, plus immense, plus riche. J’étais revenue, sûrement pas assez souvent parce que j’avais toujours quelque chose de plus important à faire. Je jouais au scrabble avec ma mère, quand elle a déménagé dans son appartement.  Lorsqu’elle est devenue hémyplégique et aphasique,  et que la famille s’est trouvée complètement désorientée, voire démunie, plongée dans les malentendus, j’avais heureusement entrepris une maîtrise en Sciences de l’Education, qui m’a permis de supporter l’enfer de cette situation, où il y avait maltraitance (la vie parfois maltraite, il ne s’agit pas toujours des hommes… mais des circonstances, cercles vicieux).  Après Lille, je suis partie habiter l’Oise, puis la Bretagne, d’où je faisais le voyage tous les mois.  Je passais quelques heures avec ma mère, avec mon aînée et mes petits-enfants, avec Mme Julie, qui a aujourd’hui 92 ans, et qui est un personnage-clé de ma courée sur laquelle j’ai écrit un mémoire. A mon AVC, j’ai espacé à 2 mois, pour me ménager.

 

 

   J’apprenais à communiquer par ma fratrie pour prolonger mes liens avec mes parents. Après quelques  années d’épreuves, nous reformions une famille, plus forte, plus proche, plus soudée. Mon père a commencé à IMGP0721.JPGconnaître de graves problèmes de santé, des chutes dues à la solitude, à la mauvaise hygiène de vie, des hospitalisations, et c’est ma sœur Sylvie qui a principalement pris cela en charge, l’accueillant par périodes chez elle pour le retaper.  C’était Lydie, essentiellement, qui faisait le point, le pont, entre nous, avec qui je pouvais établir des bilans. Mais Sylvie est partie pour 6 mois dans sa belle-famille en Algérie, mon père a été à nouveau hospitalisé, et il fallait gérer son retour. Lydie l’a accueilli à sa sortie d’hôpIMGP0746.JPGital, mais un problème administratif  l’a ramené chez lui au lieu d’être pris en charge aux Charmilles (ses chutes, ses malaises, Alzheimer, le fait qu’il ne se nourrisse plus, qu’il soit de plus en plus fatigué et déréglé, réclamaient une structure spécialisée). J’ai décidé de prendre quelques jours, au milieu de mon marathon à la poursuite d’un prêt et d’un projet, entre le mariage de ma fille Audrey et la venue de ses jumeaux, et je crois que je suis en train de vivre un moment important, une page qui se tourne, l’impression d’accomplir un essentiel.

  

 

J’ai commIMGP0762.JPGencé par un arrêt à Lille, où je retrouvais Mme Julie à la clinique du Croisé Laroche, elle aussi tellement rayonnante de la visite. Ceux qui ne sont jamais passés par l’hôpital (ou d’autres enfermemeen Résidence pour Personnes Agées, a  perdu quasiment toutes ses relations, tous ceux dont elle a été si souvent à l’écoute, auxquelles elle a apporté un soutien, tous ceux qu’elles avaient mis au rang d’amis. C’est une déception qui me rend encore amère,  qui se rapproche du dégoût et du désespoir : on est vite oublié.

  

 

 

 A Dunkerque,IMGP0713.JPG j’ai passé mes journées entre le lieu habité par mon père, qui a tout de suite proposé que j’y dorme, les courses à faire, les papiers à remplir, ma mère à saluer en passant, et chez mon père, le passage de l’infirmier, de l’aide ménagère, du médecin, qui ponctuaient ses heures, et permettaient une meilleure coordination (ratée avec le Service Hospitalier de Médecine Interne, avec la Curatelle).  Mon père qui, le premier jour, dans son état de faiblesse, sous le vent glacial etIMGP0747.JPGla pluie battante, et malgré mes remontrances, avait quand même tenu à voir sa femme, à lui ramener ses courses, à montrer qu’il était toujours là, fidèle jusqu’au bout, et têtu, prêt aux efforts les plus inhumains pour être  avec  elle.  Je l’ai accompagné, ne pouvant le dissuader, et me suis sentie chavirée par cette force qui émanait de quelqu’un que je m’étonnais de trouver encore debout, obsédé par les liens qui le portaient vers elle, IMGP0527.JPGvers ma mère. Parce que je le trouvais aussi un peu mourant, 55 kg. Je donnais des nouvelles à Pierre, mon compagnon, resté chez nous, en Bretagne, et Lydie, ma soeur, l’autre rocher protecteur auquel m’appuyer.  

 

 

  Ma mère était heureuse de me voir, entre 2 courses, son courant d’air, son pigeon voyageur, se souvient-elle encore qu’elle m’appelait ainsi, à 20 ans ? Parfois, elle me demande de ne pas rentrer. Je lui dis que c’est mon père qui ne va pas être content. Elle rit.  Je rencontre Gilda, Vanda, pressées, sollicitées. Aujourd’hui, il y a des crêpes, un groupe qui parle fort,IMGP0716.JPG autour de Madame Cabaret, la belle-sœur d’une voisine de mon enfance, de Renée Lefebvre, une cousine de mon père : le monde est petit.. La petite fille de Madame Baert passe. Je lui dit que sa grand-mère ne cesse de réclamer Colette, sa fille. Elle prie aussi. Il y a un jeune, David, je crois, que ma mère hèle. Il dit qu’il lui donne à manger, qu’ils rient ensemble. Ma mère fait du charme. Le personnel est présent, écoute et touche les pensionnaires. C’est bien. Ce n’est pas toujours ainsi

 

 

 

 

 

   Mon père nIMGP0743.JPG’a bu qu’un bol de chocolat aujourd’hui. Il s’active pour le repas. Ce midi, des frites qu’il a demandé à l’aide ménagère de préparer. Il s’occupe de tout. L’huile déborde. Je mets un mot sur le danger (et j’écris un courrier à l’ASSAD pour prévenir). Il me dit que cela a déjà enflammé la plaque de cuisson. Mais il va se coucher avant qu’elles soient cuites. Sa promenade de hier, ses aller-retour du matin dans l’appartement l’ont épuisé. Il dormira tout l’après-midi. Il dira qu’il a moins mal (partout). Le soir, il se préparera une omelette. Et se couchera avant de l’avoir fait cuire. Il m’appellera souvent, tandis que je regarde la télé. Je lui expliquerai que je regarde sur la 3 Thalassa. Que je vois des déserts, des océans, du soleil, comme des vacances. Des marchés qui rassemblent, d’anciennes villes englouties, Alexandrie, des civilisations anciennes qui ont disparu, emportées elles aussi par un tsunami, une vague de 15 à 20 mètres, l’une des plus anciennes, les minoséens.

  

 

  

 

 

   Il n’est pas sorti. Il est épuisé. Je lui ai dit que cela glissait, aussi, et hier, si rien ne l’arrêtait, aujourd’hui, il hésite. Il dit que s’il meurt, ce sera bien. Quand je lui parle de Maman, il répond tant pis. Où est l’homme qui aurait tout affronté pour elle ? Je vois des traces de vin, mais je ne sais d’où elles viennent. Je lui ai répété ce que le médecin m’a dit : que boire était strictement interdit dans son cas, que c’est cela qui provoquait les chutes, augmentait l’arythmie. Il n’a rien répondu. Je n’ai pas IMGP0725.JPGinsisté : il ne faut pas. L’infirmier lui a également fait la leçon hier. Mais on ne peut pas dire qu’il n’écoute pas. Hier, je lui ai dit qu’il sortait léger. Il a mis un pull plus chaud, aujourd’hui, et a sorti un manteau d’hiver de Maman, auquel j’ai recousu un bouton. Hier soir, avec un bus qui avait un quart d’heure de retard, un vent glacial et une pluie qui nous transperçait, nous étions congelés. Lui semblait ne pas en souffrir. Malgré tout, il s’est plaint du froid, dans l’appartement. Il croyait avoir mis à fond tous les chauffages, mais en réalité les avait éteints.

 

 

   Je me dis qu’on ne peut le laisser ainsi, que cela va être difficile pour moi, de partir avec  mes parents aussi démunis, aussi en quête d’amour, derrière moi. Tout-à-l’heure il me demandait comment il ferait lundi, quand je ne serai plus là. Je dirai à Brigitte d’au moins passer une fois par jour, juste pour demander si tout va bien, s’il n’a besoin de rien (ah oui, il aime les flans à la noix de coco, à la pâtisserie juste à côté du bus, arrêt mairie, et les îles flottantes, les chocolats viennois, les clémentines, les chardons). Sans rester, juste passer. Je lui téléphonerai, comme à l’hôpital. Et je reviendrai, la deuxième semaine de janvier. C’est possible, de donner 1 heure ? Lydie et Maryse prendront de temps à autre la relève, mais 1 heure, pour elles, cela équivaut à un après-midi, sans compter que les voyages épuisent, qu’il y a leurs enfants, leur travail. Il faudra s’organiser avec elles, les contacter. Moi, il me faut ma journée, pour venir.    

 

 

 Voilà, il est 4 heures, je ne dors plus (Papa non plus, il me semble). J’ai essayé de partager ce que je ressentais. Je pense que cela m’aidera à retrouver le sommeil.

   Je 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Viviane

 

23:31 Écrit par viviane rommelaere dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

 
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